En cette fin d’après-midi, le restaurant d’insertion Le Relais à Pantin accueille un public inhabituel. Chefs d’entreprises, dirigeants de structures d’insertion et représentants des collectivités publiques, ils sont une quarantaine à prendre place autour des tables de la salle. Ils ne s’agit pas de prendre un verre entre collègues, mais bel et bien d’échanger, de dialoguer directement, sans intermédiaire.
16h30. Premier à prendre la parole pour introduire la discussion, Mickaël Pozo, chargé de mission du réseau Réalise (qui fédère les SIAE du territoire de Plaine Commune), entre tout de suite dans le vif du sujet. Pour lui, « il est nécessaire d’approfondir les liens entre SIAE et entreprises afin de renforcer une logique de développement local qui conjugue social et économique ». Même son de cloche auprès de la CGPME 93, représentée par M. ZAIER. Celui-ci rappelle que « les possibilités de collaboration peuvent être multiples, et que la CGPME souhaite que celles-ci se développent ».
MECONNAISSANCE RECIPROQUE
Avant d’envisager les modalités de collaboration, il faut d’abord « faire connaissance ». Après l’introduction, la discussion se lance et les langues se délient, encouragées par l’atmosphère chaleureuse du lieu. Et les interventions sont sans appel. Elles mettent au jour une méconnaissance mutuelle qui entraîne logiquement des réticences. Ainsi, les premières questions des chefs d’entreprises présents sont simples : qu’est-ce que l’insertion ? Quelle valeur ajoutée une SIAE peut-elle apporter à une entreprise ? Et les remarques reprennent les clichés classiques qui collent au secteur.
Les structures d’insertion souffrent effectivement d’une image déformée. Les préjugés à leur égard sont légion : elles feraient de la concurrence déloyale, les prestations qu’elles proposent seraient de qualité médiocre... Il est aisé de démonter de tels arguments dès que l’on apprend à connaître le travail réalisé par les structures, qui sont soumises aux lois du marché, comme une entreprise classique. Il est d’alleurs important de souligner le caractère atypique de l’offre d’insertion en Seine-Saint-Denis, ou les entreprises d’insertion (EI) sont sur-représentées (et habituellemnt considérées comme les structures accueillant les personnes les plus proches de l’emploi). Autre argument non recevable, les subventions perçues par les SIAE : elles ne concernent que le surcoût entraîné par l’accompagnement social et professionnel des salariés qu’elles accueillent. Ces mêmes salariés, qui, d’ailleurs, souffrent également d’une image éronnée.
Les employeurs potentiels doutent des compétences des personnes issues d’un parcours d’insertion, et de leur capacité à s’intégrer au sein d’une structure classique. En réponse à la question "les SIAE peuvent-elles faciliter mon recrutement ?", posée par un chef d’entreprise, Laurent Jaunet, directeur de Lien environnement, insiste : « même si elles sont confrontées à des aléas économiques, les entreprises du secteur marchand doivent changer de regard et d’attitude vis-à-vis des demandeurs d’emploi, sachant également qu’elles se plaignent ponctuellement de la difficulté rencontrée à pourvoir certains emplois ». Ikrame El Mazroui, chargée de mission au PLIE de Pantin, enfonce le clou. « Les SIAE sont un vivier de compétences mises en situation, l’entreprise gagne du temps en allant vers elles pour ses recrutements ».
La Seine-Saint-Denis, avec le taux de chômage le plus élevé d’Ile-de-France (10,3% sur les 2 premiers trimestres 2009, seul département francilien au-dessus de 10%) [1], cultive les paradoxes : elle présente également le taux de création d’entreprises le plus élevé (15,4%) [2], chiffre qui doit cependant être tempéré, au regard des évolutions économiques de l’année écoulée et des répercussions de la crise économique et financière.
De leur côté, les structures d’insertion déplorent le fait que les portes des entreprises restent closes, en reconnaissant qu’elles-mêmes ne bénéfcient pas non plus de moyens suffisants pour démarcher de façon systématique les PME et TPE de leur territoire. Elles doivent toujours commmuniquer doublement, sur elles-mêmes et sur l’insertion en général.
C’est là tout l’intérêt d’espaces de discussion ouverts comme cet atelier. En effet, les constats sont classiques et mettent en avant des questions récurrentes dès qu’il s’agit de l’IAE, mais la discussion directe, au fil des minutes, fait tomber une à une les idées reçues.
La communication. Là semble effectivement résider un problème et un point de blocage majeur. Les interventions témoignent clairement du besoin qu’ont les chefs d’entreprise d’obtenir une information explicite et ciblée sur les SIAE et leur personnel. Par symétrie, est mise en exergue une des faiblesses du secteur de l’insertion : hormis les grosses structures ou celles adossées à des réseaux régionaux ou nationaux, peu de structures disposent d’outils de communication de qualité.




Lire la suite












