Intervenants : Jean-Luc DUHAMEL, président CGPME 92 ; Juliette GATIGNON, directrice d’ENVIE 2E ; Jean GIROUD, président CAI 92 ; Nathalie JACQUART, Chargée des Relations Entreprises, MEF Nanterre ; Gérald LASSET, Référent Emplois tremplins, Conseil Régional Idf ; Chantal MONVOIS, déléguée générale, Fondation d’entreprise VINCI pour la cité
Ajuster offre et demande
Jean-Luc Duhamel, président de la CGPME 92, introduit la rencontre. Il souligne la spécificité du département, où 85% de l’activité se déploie dans le tertiaire (informatique, communication, services aux entreprises et aux particuliers). Les PME y sont disséminées sur le territoire, caractérisées par une forte diversité de taille (de la TPE à la PME de 250 salariés) et d’activité. Dans ce contexte hétérogène, la CGPME est un appui en termes de sensibilisation et de communication auprès de ses adhérents, afin de « mettre en avant le lien entre le social et l’économique, dans une logique d’emploi et de création de richesse ». Cependant, il est évident que faute de moyens humains, la très petite entreprise s’intéresse à des salariés rapidement, voire immédiatement opérationnels, qui s’adaptent vite à ses attentes.

- Jean Giroud, président du CAI 92, à la tribune
Jean Giroud, pour les Associations intermédiaires des Hauts de Seine, lui emboîte le pas : « le partenariat passe par la prise de conscience, vitale, de la complémentarité entre les SIAE et les entreprises. Les structures d’insertion sont des viviers de recrutement fiables, de par les processus d’accompagnement, de réentraînement au travail et de formation mis en place afin de sécuriser les parcours et les compétences des salariés ». Il est à noter que les salariés en insertion des Hauts de Seine sont les plus diplômés de la région. En effet, plus d’un sur deux possède un niveau de formation supérieur ou égal au CAP, contre moins de 40% au niveau régional [1].Ceci est vrai en particulier (mais pas uniquement) pour les secteurs en tension qui ont du mal à recruter.
Un réel partenariat « gagnant / gagnant » peut donc être mis en œuvre, à charge aussi pour les SIAE d’explorer d’autres secteurs d’activité et d’élargir la palette des métiers accessibles. En effet, sur le territoire des Hauts de Seine, il reste à mieux ajuster l’offre proposée par l’insertion avec les besoins exprimés dans les entreprises. Un travail en amont pourrait être réalisé pour développer de nouvelles filières, un peu à l’image du projet « Périclès » mis en place depuis 2006 en Wallonie [2].
Par ailleurs, les SIAE peuvent aussi être des sous-traitants ou co-traitants efficients aux côtés des entreprises classiques, pour des chantiers importants où le mieux-disant social est un plus. Ainsi, certaines entreprises commencent-elles à inclure volontairement des clauses sociales dans leurs réponses aux appels d’offre.
Sensibiliser chefs d’entreprises et salariés
Au fil des prises de parole, les thèmes récurrents reviennent sur le devant de la scène, en premier lieu celui de la méconnaissance mutuelle. Pourtant, même si des différences existent sur le langage, les objectifs, voire les valeurs, les besoins énoncés rendent indispensable le dialogue et une forme d’acculturation qui ne peut qu’enrichir les deux parties. Et puis, comme le rappelle Juliette Gatignon, directrice d’Envie 2E, EI implantée au cœur du site Derichebourg environnement, à Gennevilliers, « les structures d’insertion sont aussi dans l’économique, au même titre que les entreprises classiques, avec des préoccupations et des intérêts communs ». Les similitudes vont même plus loin : des tailles d’entreprises et de marchés similaires, des fonctionnements internes pas si éloignés...
Le dialogue paraît donc possible et logique, même s’il ne va pas toujours de soi. D’abord parce que les acteurs, même avec la meilleure volonté, n’ont pas toujours le temps de se pencher sur ces questions. Entreprises ou structures d’insertion, la gestion des affaires courantes mobilise déjà pleinement des équipes souvent restreintes. Le désistement de six ou sept entreprises qui devaient participer à l’atelier témoigne de cette difficulté de se libérer, ne serait-ce qu’un après-midi, pour lier contact.
Et l’insertion véhicule tant de connotations négatives ! La stigmatisation des salariés qui en sont issu est une des conséquences de la méconnaissance réciproque. Laurent Lamarche, directeur de l’ASEC (Association Solidarité Emploi Chômage), une AI de Colombes, insiste sur « l’importance d’informer et de convaincre les chefs d’entreprise, mais aussi de faire en sorte qu’ils sensibilisent à leur tour leurs collaborateurs, pour que l’image de l’insertion se modifie en profondeur, bien au-delà des seuls dirigeants ». Mais cela soulève également une question qui déborde largement le seul cadre de l’insertion : celui de l’intégration des nouveaux salariés dans une entreprise. Question d’autant plus importante pour des PME qui n’ont généralement pas de service RH en interne.
On voit également ici un autre intérêt pour les entreprises : favoriser l’insertion de personnes issues des SIAE contribue à donner du sens au travail de leurs salariés, à renforcer la culture d’entreprise.
L’accompagnement, un enjeu central
Pour permettre une insertion durable des personnes éloignées de l’emploi, les dispositifs d’accompagnement sont des outils indispensables. Ils interviennent à tous les niveaux du parcours d’insertion : en amont, avant l’intégration dans la SIAE, au cours du passage dans la structure d’insertion , et en aval, pour sécuriser un recrutement dans le monde du travail « de droit commun » et consolider le processus d’insertion.
Cette thématique de l’accompagnement est particulièrement importante, dans la mesure où les structures d’insertion se posent la question de l’insertion des publics les plus en difficulté, qui doivent passer par des phases d’adaptation plus élaborées. Les procédures en ce sens se sont diversifiées, aussi bien en amont qu’une fois l’embauche réalisée. Le Conseil Régional a, par exemple, mis en place un "Passe entreprise", action d’immersion courte sur des postes repérés en concertation avec les entreprises, ainsi que le "Passe IAE" pour sécuriser encore plus les parcours, un premier projet s’expérimente avec la FNARS, les entreprises du paysage et leurs OPCA [3].
Dans la réalité, les parcours ne sont jamias linéaires. Les structures d’insertion doivent pouvoir prendre le temps (encore une fois) de cet accompagnement, donc en avoir les moyens. Là encore, l’interface avec l’entreprise est nécessaire, pour une meilleure coordination des efforts. La question du post-accompagnement est aussi posée, selon deux versions :
- Celle du post-accompagnement effectif permet de suivre le salarié « frais recruté » par l’entreprise classique pendant son retour à l’emploi de droit commun et de faciliter ce temps d’adaptation.
- L’autre version concerne les salariés en fin de contrat d’insertion qui rompent le contact avec la structure. N’étant pas identifiés, ils risquent d’aller à l’échec dans leurs recherches d’emploi : « le gars arrive en retard une fois, deux fois ; ça passe. Mais la troisième fois, il est viré », alors qu’un suivi rendrait plus facile la transition.
Des outils et des hommes
Les outils sont nombreux, mis en œuvre par les institutions du Service public de l’emploi (SPE), par les entreprises, les SIAE elles-mêmes, par le Conseil Régional (aide à la création de postes par le dispositif Emplois-tremplin pour l’embauche de chargés de relations entreprises, et cycles d’échanges sur la professionnalisation des SIAE sur la relation entreprises »). Ce sont d’abord les outils de communication, de présentation des démarches réalisées en faveur de l’insertion et pour une meilleure (re)connaissance du secteur. Le site Entreprenons ensemble en est une bonne illustration. L’ensemble des acteurs présents (CGPME, Fondation Vinci, Conseil Régional…) proposent des mesures de soutien en ce sens. La Maison de l’emploi et de la formation (MEF) de Nanterre est également un outil, en tant qu’organisme paritaire où l’on trouve une Cité des métiers similaire à celle de la Villette, une plateforme inter-entreprises, un groupe Emploi qui réunit acteurs du SPE et représentants d’entreprises, une importante association intermédiaire, Essor. Un lieu de partenariat par excellence ! Ce sont encore les aides apportées au développement économique, par l’intermédiaire des clauses d’insertion introduites dans les marchés publics (ceux de la Région, par exemple) : les grandes entreprises, mais aussi les PME, peuvent choisir de sous-traiter systématiquement certains marchés à des SIAE.
L’établissement de procédures de travail en partenariat dans le cadre d’une véritable triangulation entre entreprises, SIAE et collectivités semble fondamental. En effet, la coopération économique des SIAE avec les entreprises s’appuie forcément sur des chantiers importants, en lien, principalement, avec les clauses d’insertion dans les marchés publics, donc largement dépendante de la volonté politique des élus locaux et territoriaux. C’est une des modalités d’aide proposées par la Région.
Comme évoqué tout au long de l’après-midi, les collaborations possibles passent d’abord par trois axes : mieux identifier, mieux communiquer et mieux accompagner. En vue de permettre une meilleure inter-connaissance, une plus grande acclimatation réciproque, il apparaît souhaitable de multiplier les rencontres, bilatérales, entre têtes de réseau ou entre acteurs spécifiques, même si l’exercice est chronophage. Il s’agit en effet d’approfondir la communication, c’est-à-dire les échanges mais aussi la convivialité entre les trois « sommets du triangle de l’insertion ». C’est de cette façon qu’on détricote les préjugés et qu’on construit une culture commune… pour un jeu à somme positive, un chantier commun où chacun apporte sa pierre, au bénéfice de tous.
Crédits photos : ©Léonardo Antoniadis





















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